Vuelta Al Teide - la course !

Vuelta Al Teide - la course !

Vuelta Al Teide : gérer la souffrance à l'expérience.

Retour sur la Vuelta Al Teide.

La course !

Après l'article sur la présentation de la Vuelta Al Teide (partie 1 - Parcours), place maintenant à la course.

J'ai donc rendez-vous à 7:00 sur la ligne pour un départ avec le lever de soleil depuis Puerto de la Cruz sur l'île de Tenerife.‌‌

Au programme une boucle de 170 kms dans le nord-ouest de l'île autour du volcan Teide.

J'arrive en avance histoire d'être dans les premiers pour partir dans un groupe de "sérieux". Ainsi  je pourrais faire la première partie dans les roues à bonne allure.

On est plus de 300 sur la ligne de départ, les moteurs des voitures officielles démarrent, les motos des signaleurs se mettent en mouvement, les sifflets et sirènes résonnent, les drapeaux s'agitent, le départ est donné, il fait encore nuit.

On est parti pour 6 ou 7 heures de vélo.

Le long cordon de coureurs se déroule dans les rues de Puerto de la Cruz et la route s'élève déjà dès les premiers kilomètres.

Et ça monte vite.

Je pourrais suivre mais ça ne me semble pas trop raisonnable.

La route est encore longue. Avoir une défaillance dans Masca et Teide peut s'avérer fatale et on peut y perdre très gros niveau temps.

Mon plan de marche est plutôt d'effectuer les deux premières montées à l'économie en zone endurance, surtout que je ne connais pas du tout la première moitié du parcours.

‌‌Ensuite je compte accèlèrer progressivement à partir de la troisième ascension pour effectuer ma remontée au classement.‌‌

Si je suis bien dans Masca et dans l'interminable montée vers Teide alors que d'autres sont partis trop vite, il y a de quoi doubler pas mal de monde.

Le début des galères ?

Seulement quelques kilomètres de parcourus et déjà un petit problème.

Je commence à ressentir une légère douleur au genou droit. En effet, j'avais déjà un peu mal la veille.‌‌

Je me souviens que j'avais heurté celui-ci dans un siège du ferry nous menant à Tenerife. Pas de chance.

Rien de très handicapant pour le moment, ça ne me rend pas moins efficace mais ça m'inquiète quand même.‌‌

Il reste encore 150 kms et beaucoup de montagne. J'imagine que la douleur va s'intensifier avec la distance.‌‌

Et monter Masca avec ses rampes à 20% ou faire Teide avec ses 30 kms d'ascension avec un genou en vrac, ça ne va pas être un cadeau du tout.

Je suis déjà dans la première ascension, je monte à l'économie comme prévu en profitant du lever de soleil avec une lumière magnifique sur les champs de bananes et la mer en contre-bas.‌‌

Je rejoins un groupe de 4 coureurs qui roulent tranquille et je décide de me caler dans leur sillage. Je me permets même de faire des petites vidéos afin d'immortaliser tout ça.

‌‌Le premier sommet, l'Icod del Alto,  est en vue et c'est le moment de la première descente. Mes compagnons décident de faire la descente à fond.

Mes compagnons font la descente à fond, impossible de les suivre. Il y a pas mal de traversées de villages avec des rond-points, des terre-pleins, des intersections et des voitures mal stationnées. C'est assez technique surtout si on ne connaît pas le coin.

Je n'ai pas envie de prendre trop de risques surtout quand je vois que même une moto de signaleur a fini dans le fossé.

Je perds 5 ou 6 places dans cette descente, rien de grave, il y a encore de la route et le plus dur est à venir.

Deuxième ascension : le Mirador de Garachico

Kilomètre 30, c'est parti pour la deuxième montée : le Mirador de Garachico en 2ème catégorie, 6,2 kms à 5,6 %.‌‌

Je me retrouve tout seul, je ne vois personne devant, le groupe avec lequel j'étais m'a semé. Personne derrière non plus.‌‌

Je n'aime pas l'idée de faire tout le parcours seul, je décide d'accélérer un peu pour rattraper du monde dans la montée.‌‌

Je récupère un jeune et son père, je les encourage, le jeune est volontaire dans l'effort et je suis admiratif que quelqu'un de son âge s'attaque à une course aussi difficile.

Je continue ma progression mais malheureusement je ne rejoindrai aucun groupe jusqu'au sommet du Mirador de Garachico.‌‌

A l'attaque du Mirador de Garachico.

Et c'est parti pour la deuxième descente du jour.

De El Tanque à Las Cruces, 4.5 kms à flan de montagne, en épingles avec vue plongeante vers la mer. C'est spectaculaire.‌‌

C'est aussi technique, surtout que le revêtement est mauvais. Je me fais plaisir et de descends vite en enchaînant les épingles au millimètre.‌‌

Et je dois descendre vraiment bien à mon grand étonnement. Je rattrape une moto de l'organisation qui se gare pour me laisser passer et je double plusieurs concurrents isolés.‌‌

Après un petit passage surprise qui réveille bien sur les pavés dans un village en fin de descente, on a le droit à une grande ligne droite d'une dizaine de kilomètres.

Mais je suis toujours tout seul, je vois du monde très loin devant.‌‌Est-ce que je me mets à fond pour les rattraper ou j'attends ceux de derrière ?‌‌

Ok, j'attends le groupe de derrière sans trop ralentir sauf qu'ils ne me rejoindront jamais.

Les choses sérieuses commencent

Arrive enfin le premier ravitaillement.‌‌

Ravitaillement que j'effectue en mode formule 1 pour perdre le moins de temps possible.‌‌ Je donne mes 2 bidons pour les remplir d'eau à un bénévole et en 45 secondes max je suis reparti.‌‌

C'est maintenant que les choses sérieuses commencent avec un enchaînement de montées jusqu'à Masca et le Mirador de Cherfe sur 26 kms, puis ensuite la montée finale de 40 kms vers Teide.‌‌

C'est aussi à partir de ce point que je souhaite appliquer ma stratégie de remontada : accélérer mon allure en zone 3 de puissance (pour ceux qui connaissent) en pariant que beaucoup sont partis trop vite et vont manquer de force.

Et ma stratégie s'avère être payante. Au moins pour le moment.

Je double réellement des groupes entiers de coureurs dans les montées jusqu'à Masca et ce sans être à bloc.‌‌

Parlons de Masca justement. A partir du village, gros point positif pour moi, je connais la route.‌‌ Et je sais que jusqu'au Mirador de Cherfe, c'est très pentu et c'est un des points chauds du parcours : 4 kms seulement mais à 10 % de moyenne avec des passages de 15% à 30% !‌‌ Voyons comment je vais aborder ça. J'apréhende un peu, la seule fois où j'ai fait la montée j'avais vraiment souffert.

Les lacets de Masca.

Résultat ?

Ça s'est bien passé, j'ai doublé encore pas mal de monde et ce en économisant de l'énergie quand c'était possible.‌‌

Seul soucis ... je commence sérieusement à avoir mal aux deux genoux et il y a encore Teide derrière.‌‌ Mais bon, Teide, c'est roulant, je ne devrais pas avoir besoin de me mettre en danseuse souvent et je suis assez confiant pour continuer ma remontada.

La descente où tout a failli s'arrêter

Deuxième ravitaillement à Santiago del Teide.

Toujours en mode formule 1, le temps de faire remplir mes 2 bidons et prendre des barres de céréales.‌‌ Il reste 10 kms avant le début de la montée vers Teide. Un peu plat, une montée roulante et une descente le temps de bien se ravitailler.‌‌

La descente, je la connais, elle est rapide et facile.

Je prends les courbes à 50/60 kms.‌‌ Et là c'est presque le drame. J'arrive dans une courbe à haute vitesse, elle est négociable sans vraiment freiner sauf qu'il y a une longue fissure au milieu de la route.‌‌ Ma roue arrière passe dedans, saute, quitte le contact avec la route. Mon vélo fait une embardée. Je pile sur les freins et au dernier moment, par chance, je rétablis la situation en évitant le rail de sécurité. J'ai eu chaud !

Je récupère de mes émotions en finissant la descente. Place maintenant au gros plat de résistance. Les 40 kms de montée vers la base de Teide.

Teide, la souffrance à l'expérience

Teide, 3715 mètres d'altitude mais la route monte seulement à la base du volcan : un plateau/cuvette entre 2000 et 2350 mètres d'altitude.‌‌ La montée fait au total environ 40 kms et se découpe en 2 parties.‌‌

Une première partie de 24,5 kms à 5,5% pour passer de 700 m à 2100 m d'altitude.‌‌

Une deuxième partie de faux-plat descendant de 8 kms à -0,8 % pour rejoindre la dernière partie montante.‌‌

La rampe finale pour atteindre la haut de la cuvette, 5,5 kms à 4% de moyenne, souvent vent de face entre 2100 et 2300 mètres d'altitude.

C'est durant ces 40 kms que je compte bien faire ma remontée.

J'ai fais le pari que beaucoup sont partis trop vite et vont être plantés dans les lignes droites interminables de l'ascension.‌‌

J'arrive à Chio bien lancé en descente, je vire à droite et c'est parti pour 40 bornes.‌‌ Et effectivement, je double pas mal de monde dès les premiers kilomètres mais je comprends après une dizaine de minutes que moi aussi je ne suis plus très frais.‌‌ Mes jambes perdent progressivement en efficacité et en puissance.‌‌ Cette montée va être interminable et en plus je commence à sérieusement à avoir mal aux 2 genoux.‌‌

Ça va se faire au mental et il va falloir serrer les dents.

Si je craque, je sombre.‌‌

Bon, je me dis, maintenant la meilleure stratégie, c'est de prendre la roue de quelqu'un qui monte "vite" et de tenir sa roue coûte que coûte jusqu'au sommet.‌‌

Je suis chanceux, je rattrape justement la bonne personne qui monte à la vitesse maximum que je peux soutenir pendant toute l'ascension.‌‌

Par contre, il ne va pas falloir laisser 2 ou 3 mètres d'écart, sinon je ne le revois plus.‌‌ Et je gère ça à l'expérience avec une concentration maximum.

Quand il se met en danseuse, je fais de même. Quand il boit ou mange, je fais de même. Quand il descend une dent, je fais de même.‌‌

De cette manière, je reste coller à sa roue.

Les bornes kilométriques défilent si lentement, KM 15, KM 10, c'est interminable même à 15 km/h.‌‌ Mais c'est encore pire pour les autres concurrents qui doivent être au plus mal, on continue à passer des groupes entiers.‌‌

Ma stratégie s'avère payante mais dans la douleur.‌‌ Je sens mon corps complètement usé par la fatigue, j'ai du mal à pousser plus fort qu'en zone 3 de puissance et j'ai les 2 genoux qui crient de douleur chaque fois que je me mets debout sur les pédales.‌‌

J'arrive enfin au dernier ravitaillement, soulagé de m'arrêter pour me faire remplir mes bidons, et ce toujours en moins de temps possible. C'est fait en 45 secondes max et je pense que les volontaires ont deviné qu'on était cuits. Ils n'hésitent pas à nous pousser dans le dos pour nous donner de l'élan et reprendre notre route.‌‌

On atteint enfin le sommet des 24 kms de la première partie à 2100 mètres. Les paysages lunaires sont magnifiques. Place maintenant à plusieurs kilomètres de faux-plat descendant au milieu des coulées de lave.

Je vais pouvoir souffler et manger la dernière barre de céréales qui me reste dans la poche.‌‌ Sauf qu'après plusieurs gels, pâtes de fruits, barres de céréales, bidons de boisson énergétique, juste mettre la barre de céréales dans la bouche me donne la gerbe.‌‌

Si je la mange, je pense que je recrache tout. Manque de chance, c'est juste à cet instant, qu'il y a un groupe qui nous dépasse comme des avions alors qu'on roule déjà à 35 km/h.‌‌

J'ai envie de vomir, je me dresse quand même sur les pédales pour accrocher les roues sauf que je ne peux pas pousser j'ai trop mal aux genoux.‌‌

Mentalement là, je laisse tomber. Mon but maintenant est de rallier la ligne d'arrivée quelque soit le classement.‌‌

On passe devant l'hotel Parador à 2100 mètres d'altitude, l'hotel où les pros logent quand ils font leur stage à Tenerife.

C'est le point de départ de la dernière partie de l'ascension : les 5,5 kms jusqu'au côté opposé de la cuvette à 2350 m.‌‌ Il y a un fort vent de face mais le groupe qui m'a doublé n'est pas loin.

Je me resaisi, je décide de tout donner pour le rejoindre pour faire la longue descente jusqu'à la ligne d'arrivée avec celui-ci. Je me fais vraiment mal à la gueule, je sors les mecs derrière moi de ma roue en serrant les dents parce que oui mes genoux me font vraiment mal.

A bloc dans les derniers kilomètres de Teide pour faire la jonction avec le groupe de devant avant la descente.

Je finis par accrocher le groupe in-extremis au moment de faire la bascule au sommet.‌‌ Cependant pas de chance, dès le début de la descente, le mec devant moi ne suit plus, laisse plusieurs mètres et c'est la cassure.‌‌ Fort vent de face, descente roulante, les genoux qui pleurent de douleur, je ne peux plus appuyer sur les pédales, je ferai la descente comme je peux, vent dans la gueule, en me faisant doubler par des concurrents que j'avais lâchés dans la montée.‌‌

Une partie de mon travail de remontada s'envole donc dans cette descente.

Au final, je finis la Vuelta Al Teide fatigué pas par l'intensité de l'effort, j'ai rarement poussé fort en watts, mais usé, très usé. Une sorte de fatigue d'endurance.‌‌ En tout 7 heures sur le vélo avec seulement 4 minutes d'arrêt et 5000 calories de brulé.

Mon classement ? Dans un prochain poste avec l'analyse de mes points de passage et de ma stratégie de remontada.

Crédits photos : Vuelta Al Teide, Islandbikeride https://www.instagram.com/islandbikeride/, Isidro Gonzalez Perez, Artiles superación deportiva

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